« A l’avenir, l’eau sera de plus en plus rare, nous devrons faire des choix ! »

Comment le Pays Basque fera-t-il face au manque d’eau dans les prochaines décennies ? C’est la question mise en débat à l’occasion d’une conférence atelier organisée ce vendredi à Anglet, dans le cadre d’un programme de recherche du CNRS et de l’Université Rennes 2 sur la gestion durable de l’eau. Son chef de projet, Elias Ganivet, parie sur la participation citoyenne pour trouver des solutions partagées à la hauteur des enjeux.

Mise à jour : 3 juin 2026

Le programme de recherche PAGAIE (Paysages scénArisés pour une Gestion participAtIve de l’Eau) vise à aider les territoires à mettre en place des pratiques de gestion plus sobres de la ressource en eau. Trois lieux test ont été retenus en France : le Morbihan, Annecy et le Pays Basque. Pourquoi avoir choisi notre territoire ? 

Elias Ganivet : Ce programme de recherche a d’abord démarré dans le Morbihan avec Lorient Agglomération. Nous avons ensuite cherché à élargir nos travaux à d’autres territoires. Le Pays Basque avait des similarités avec la Bretagne, une région touristique avec un climat océanique, tout en présentant des particularités intéressantes : son relief montagneux qui crée des dynamiques hydrologiques différentes mais aussi son agriculture, plus raisonnée, différente du modèle breton. Au-delà de cet aspect physique, nous avons aussi pu bénéficier ici du soutien appuyé de la Communauté Pays Basque. L’institution avait déjà bien avancé sur ces questions, avec notamment une étude prospective sur la disponibilité de la ressource en eau et la mise en œuvre d’un Plan sécheresse. Notre autre partenaire sur le projet PAGAIE, « La Water Family », a aussi été un relai local précieux pour mobiliser les acteurs de terrain. 

Vous avez établi différents scénarios à horizon 50 ans qui tiennent compte de l’évolution du climat mais aussi de nos choix collectifs. A quoi pouvons-nous nous attendre ? 

Elias Ganivet : S’agissant du climat, nous nous sommes basés sur la trajectoire de référence définie au niveau national (TRACC) qui prévoit un réchauffement à plus quatre degrés d’ici la fin du siècle. Pour bien comprendre les dynamiques à l’œuvre, je montre toujours les évolutions passées. Les phénomènes que nous observons depuis les 50 dernières années ne vont faire que s’accélérer dans les 50 années à venir. Les températures vont continuer d’augmenter, toutes saisons confondues, été comme hiver. Dans un climat plus chaud, les plantes transpirent plus, les eaux de surface s’évaporent davantage, donc nous aurons mécaniquement moins d’eau. En 2075, le débit des cours d’eau l’été pourrait diminuer de moitié en moyenne par rapport à la situation actuelle, avec des années plus extrêmes encore. Les précipitations devraient également continuer de baisser pendant la saison estivale ce qui aura un impact important sur les usages car c’est la période où la ressource est la plus exploitée. Parallèlement, le Pays Basque pourrait connaître des pluies plus abondantes en hiver avec des risques d’inondation accrus et sans doute aussi des phénomènes orageux plus fréquents et plus intenses l’été. Ça, c’est la toile de fond. Et par-dessus ça, il y a des trajectoires locales qui dépendent de nos choix collectifs.

Qu’entendez-vous par trajectoires locales ?

Elias Ganivet : Ce sont les stratégies d’adaptation mises en place localement et qui vont aggraver ou non ces tendances. Nous avons regardé plusieurs aspects comme l’urbanisation, par exemple. Plus nous bétonnerons les sols, moins ils absorberont d’eau. Cela aura un impact sur le rechargement des nappes mais surtout sur les phénomènes de ruissellement notamment lors des gros orages l’été qui vont entrainer des inondations plus importantes. Il y a aussi la conversion des prairies en culture ou la disparition des zones humides qui influent sur le ralentissement de l’eau. Si ces milieux restent actuellement relativement présents au Pays Basque, toute suppression à l’avenir aurait pour conséquence d’accentuer les épisodes de sécheresses et d’inondations. Enfin, nous nous sommes intéressés aux prélèvements d’eau, notamment l’été. Aujourd’hui, la consommation est déjà multipliée par deux comparée à la saison hivernale. Clairement, nous ne pourrons pas aller au-delà. Et si nous augmentons dans le même temps les surfaces irriguées, qui restent pour le moment marginales, alors il sera certainement nécessaire d’arbitrer sur les usages les plus prioritaires. Mieux vaut anticiper ces questions et trouver dès à présent des solutions partagées.

Justement, vous avez organisé vendredi dernier un atelier participatif à Anglet pour identifier des moyens d’action. Quel est l’intérêt de cette démarche ?

Elias Ganivet : La journée de vendredi était un moment important qui a clôturé près de trois années de recherches. Nous avons montré les différentes trajectoires auxquelles pourrait être confronté le Pays Basque mais nous ne voulions pas nous limiter à une présentation magistrale. Alors, nous avons imaginé une forme de conférence-débat participative. Les participants ont travaillé sur des solutions concrètes à mettre en œuvre pour rendre le territoire plus résilient que ce soit sur les usages de l’eau, le ralentissement des écoulements ou les leviers qui permettent d’accompagner ces transitions. De nombreuses solutions ont été proposées. Je retiens notamment celle de la création d’un parlement de l’eau qui associerait davantage les citoyens aux décisions stratégiques. A émergé aussi la question de la fiscalité avec la mise en place d’une tarification progressive et saisonnière qui ferait payer l’eau plus chère à ceux qui en consomment le plus ou encore celle de la désimperméabilisation des villes et de la protection des zones humides pour retenir efficacement l'eau dans les sols. D’autres pistes comme le soutien à l’agroécologie, le stockage de l’eau pour l’agriculture ou la réutilisation des eaux usées traitées ont également été avancées.

Que va devenir ce travail ?

Elias Ganivet : Le projet PAGAIE va évoluer et s’intégrer au programme PISE (Projets à Impact Social et Environnemental) du CNRS. Il y a d’abord un travail de synthèse à mener. L’objectif serait de pouvoir proposer aux élus du territoire un Plan de résilience Eau global qui traite toutes les politiques en même temps. Nous aimerions aussi élargir l’étude, qui s’est focalisée sur les deux bassins versants de la Nive et des Côtiers basques, à la Bidouze et au Saison qui ont des spécificités intéressantes, notamment sur le volet agricole. Et enfin, pouvoir creuser la démarche à un échelon plus local en proposant ce programme à des communes du territoire. D'ailleurs, celles qui le souhaitent peuvent déjà utiliser l'exposition sur les futurs possibles de l'eau au Pays basque que nous avons présentée vendredi en adressant leur demande à la Communauté Pays Basque. 

La Communauté Pays Basque anticipe la baisse de la ressource

Bien avant la sécheresse de 2022, la Communauté Pays Basque a anticipé la problématique du manque d’eau sur le territoire. Un rapport publié en 2020 faisait déjà état d’une diminution de la ressource de 30% d’ici 2040 du fait du changement climatique. Pour éviter les pénuries d'eau, les élus communautaires ont voté en juillet 2023 un grand Plan sécheresse. Une démarche qui commence à porter ses fruits. En trois ans, nos consommations ont baissé de 6 %, soit l'équivalent de la consommation annuelle de la ville de Biarritz.

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