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Véronique Descharrières, experte de l’architecture du vivant, revient sur l’édition de R-Évolution et sur sa pratique architecturale qui vise à reconnecter les usagers et les paysages, à cultiver l’harmonie des milieux vivants.
Mise à jour : 4 décembre 2025
Véronique Descharrières, architecte-urbaniste, était la marraine de la dernière édition de l'évènement R-Évolution, consacré à : « la part de vivant dans le bâtiment, une promesse écologique en quête d'équilibre ? ». Elle l’affirme : le temps est venu pour les bâtisseurs de considérer l’environnement comme un matériau à part entière et d’en faire l’allié d’un enjeu universel.
Vous qui portez la question du vivant au cœur de vos projets avec l’agence VEDEA, quelle définition en donneriez-vous ?
La question du vivant dans le bâtiment est complexe dans le sens où l’on a l’habitude d’opposer l’inerte – l’architecture - et le vivant – le paysage. Or, dans le projet de parc zoologique de Paris, où nous devions installer plus de 2 000 animaux dans une nouvelle structure, il a fallu fusionner ces éléments pour répondre au bien-être des animaux, à la sécurité des animaux, des soigneurs, des visiteurs. Nous avons engagé un travail sur l’architecture d’un environnement.
Par l’architecture du vivant, nous disons que l’architecture est en interconnexion permanente avec le vivant. La serre tropicale, par exemple : elle respire, prend de l’air, permet de réguler les températures. Il y a un phénomène de cycle quasi-organique dans l’architecture aussi. Construire, c’est apprendre à cultiver l’harmonie des milieux vivants.

Pouvez-vous nous donner d'autres exemples concrets de cette approche ?
Pour climatiser un espace, les ingénieurs préconisent une centrale d’air : des tuyaux, des grilles, on ferme tout. C’était la réponse technologique du XXe siècle. Aujourd’hui, on peut tempérer un espace naturellement à l’aide de plantations, d’un mur végétal - à l’arrière duquel un filet d’eau peut couler -, et qui, selon sa position, sera balayé par le vent. On utilise un cycle vivant : le vent, l’eau, l’air, la végétation, pour répondre à une fonctionnalité technique classique.
Quels sont les projets phares qui illustrent le mieux cette démarche ?
J’aime à citer le « Yanshan International Ecological World », la renaturation d’une carrière minière dans les montagnes du Yanshan, en Chine. Il a fallu retrouver une cartographie hydrologique, mettre en place des serres pour créer un effet de serre, de la lumière et de la chaleur, pour que les espèces s’y épanouissent. L’idée était de favoriser une meilleure symbiose entre l’homme et son environnement.
Citons aussi la villa de verre et d'acier suspendue en quelque sorte dans un parc paysager pour laquelle j’ai reçu le Prix Eiffel. Là encore, nous avons opéré une recherche afin de créer, avec de simples éléments, une expression claire de la beauté architecturale d’un bâtiment.
J’essaie toujours de voir comment reconnecter les usagers avec les paysages, avec l’animalité que l’on a maltraitée au XXe siècle. Je tente de retrouver des partages de territoire plus respectueux. J’ai à cœur de réconcilier l’homme avec son biotope.

Avec le vivant dans le bâtiment, il est donc possible de faire du beau ?
C’était la conclusion à laquelle je souhaitais arriver à la fin de R-Évolution, en reprenant une citation de Darwin sur la beauté. Alors que l’on a un peu dépassé cette époque technologiste, j’aimerais que l’on revienne au XXIe siècle à une structure vivante et vitale pour l’architecture, qui soit l’expression même de la beauté telle que l’on peut trouver dans la nature. C’est ce que je cherche : comment créer avec nos outils une beauté intrinsèque, évidente, pour l’espace dans lequel nous vivons. Je me réjouis que d’autres architectes paysagistes y tendent également.
Intégrer le vivant, est-ce un privilège réservé à quelques projets… ou un virage que la filière doit prendre ?
Dans la conception architecturale et dans l’ingénierie – car il importe de mêler ces ingénieurs qui travaillent sur des solutions d’avenir, comme la résistance technique des coquillages -, tout ce travail devrait avoir un sens donné. Celui de retrouver le code génétique de la beauté tel qu’on peut le voir dans la création des mondes vivants. Je pense que c’est une reconquête à laquelle le XXIe siècle devrait aboutir.
Comment amener les professionnels à tendre vers ceci ?
Par l’exemple, en montrant via nos projets que des solutions fonctionnent et en participant à des rencontres type R-Évolution, pour que cela entraîne un courant fort dans le milieu de la création architecturale. Je souligne les échanges de très haut niveau opérés ce jour-là, le partage transgénérationnel intéressant. Ces journées participent à ouvrir la voie vers de nouveaux possibles.