En Oztibarre, des femmes font évoluer les codes des carnavals basques
Elles sont une quinzaine de femmes de la vallée d’Oztibarre à avoir créé Basandereak, un groupe féminin de joaldun, en se réappropriant la figure mythologique de basandere, «la dame sauvage». Elles entendent ainsi insuffler une nouvelle dynamique culturelle à leur vallée.
Mise à jour : 23 janvier 2026
Basandereak fait partie des lauréats de l’appel à projets Plazandere, lancé par la Communauté d’agglomération Pays Basque pour valoriser la place des femmes en milieu rural. « C’est notamment cet appel à projets qui a fini de nous motiver, indique Eztitxu Lascor, l’une des porte-paroles de l’association, aux côtés de Alicia Bassagaisteguy. « Nous nous étions déjà retrouvées à l’occasion des 50 ans du groupe de danse de la vallée, et nous souhaitions recréer une dynamique autour des carnavals, des Ihauteri. Notre ambition était de recélébrer le solstice d’hiver dans la vallée, de relancer cette riche culture basque hivernale, ces mythes et ces personnages quelque peu effacés de la vallée ces dernières années. »
Basandere, figure centrale et revendiquée
Déjà, en 2020, des acteurs de la vallée avaient relancé les Libertimendua, spectacle célébrant l’arrivée du printemps. Pour les filles de Basandereak, l’idée est de remettre en avant la culture des joaldun, sonneurs de cloches et personnages phares du carnaval, sous une version plus féminine, en se réappropriant le personnage de la basandere, littéralement, « la dame sauvage ».
Ce qui les différencie des groupes de joaldun traditionnels ? Le costume, forcément, celui de la basandere, et notamment son chapeau. « Notre chapeau emprunte davantage au mythe de la sorgin (la sorcière en basque), avec des rubans très colorés, des os et crânes pour le côté basa justement, mais aussi pour symboliser le lien à la nature et aux animaux », décrit-elle.
Pour le reste, lorsqu’elles s’élancent dans les rues et ruelles des villages basques, c’est la même gestuelle et le même défilé qui s’offrent aux yeux des spectateurs. Une gestuelle apprise aux côtés des anciens de la vallée et des joaldun d’Anhaux. C’est aussi à leurs côtés qu’elles ont découvert comment nouer les cloches, et à se produire pour leur première sortie. Elles ont aussi beaucoup appris au contact de Thierry Truffaut, spécialiste reconnu des carnavals en Pays Basque.
Une présence de plus en plus affirmée sur le territoire
L’une de leurs premières prestations a pris pour décor Espelletenia, bar-restaurant de Larceveau dans le cadre de l’évènement Debrien qu’il a organisé avec l’association Baipelletenia. En 2025 les femmes de Basandereak ont enchaîné les sorties : le carnaval d’Anhaux, la journée Bekat'uros, pour les droits LGBT, de Tardets, Nafarroaren eguna, l’Aberri eguna, Eguberri gaualdia organisé par Oztibarreko ikastola, la journée de la femme à Bayonne organisée par le planning familial, Gudari eguna à Ostabat….
Elles pourraient aussi participer au carnaval qu’envisage d’organiser dans la vallée le groupe de danse local Bunuztar Xoriak.
Autre temps fort dans leur calendrier de sorties : le départ de la korrika de Tardets. « Une belle reconnaissance » estime Eztitxu.
Si au départ, leur groupe Basandereak n’était composé que de femmes - âgées de 20 à 40 ans quelques hommes seraient aujourd’hui intéressés pour les rejoindre. « C’est une très bonne chose » se réjouit Eztitxu, qui appelle, via leur page instagram Oztibarrekobasandereak, toute personne souhaitant dynamiser la culture en Oztibarre à les rejoindre. L’appel est lancé.