Épisode 1 - Un camion solidaire pour lutter contre la précarité étudiante
En partenariat avec le CROUS et la Banque Alimentaire Pays Basque, la Croix-Rouge de Bayonne a monté un dispositif nommé « La Croix-Rouge sur roues ». Tous les jeudis pendant la période scolaire, une équipe de bénévoles vient distribuer des produits alimentaires et d’hygiène à des étudiants en situation de précarité.
Mise à jour : 8 décembre 2025
Chaque jeudi depuis cinq ans, c’est le même rituel. Accompagné d’une douzaine de bénévoles, Jean-Paul Driolet installe le camion de la Croix-Rouge sur le parvis de la résidence Arancette à Bayonne pour offrir une aide alimentaire aux étudiants dans le besoin.

« Ça pourrait être nos enfants »
Un projet qu’il a lancé en pleine période Covid, en s’inspirant du dispositif national « La Croix-Rouge sur roues » qui vise à apporter un soutien matériel au plus près des bénéficiaires. « Le confinement a vraiment mis en lumière ce problème de la précarité étudiante. Ils étaient isolés, avaient perdu leurs petits boulots et ne savaient pas vers qui se tourner. » Le sexagénaire met à profit son réseau et monte en quelques semaines une opération d’urgence. Le CROUS finance l’achat des denrées que l’équipe de volontaires récupère chaque semaine auprès de la Banque Alimentaire Pays Basque. « J’ai la chance d’être très bien entouré », avoue d’emblée le responsable d’opération qui tient à mettre d’abord en avant l’esprit de solidarité qui s’est spontanément créé autour de l’initiative.
L’aventure n’aurait pu être qu’une parenthèse. Mais la pandémie passée, le problème n’a pas disparu, bien au contraire. Devant le petit local qui sert de hall d’accueil, la file des demandeurs ne cesse de s’allonger. « Les années précédentes, on recevait entre 30 et 40 jeunes, aujourd’hui ça peut monter jusqu’à 70 ! » Certes, le bouche-à-oreille fonctionne mieux mais, en toile de fond, la précarité semble progresser. « C’est un phénomène que l’on retrouve partout, chez les familles, les personnes âgées. La vie est de plus en plus chère. Personne n’est épargné. » Éternel optimiste, Jean-Paul Driolet ne veut pas céder à la fatalité. « Plus il y a de difficultés, plus il y aura de la solidarité en face ! » La situation des étudiants le touche particulièrement. « On se dit tous ici que ça pourrait être nos enfants ou nos petits-enfants. »

Un supermarché sans le passage en caisse
Autour du petit marché ambulant installé en pied d’immeuble, il adresse à chacun un bonjour et un petit mot amical avec une bonhommie communicative. Une ambiance qu’apprécie particulièrement Yanis. Cet étudiant en master E-business s’est installé dans la résidence il y a trois ans et vient aux distributions depuis deux ans. Il n’a que 400 euros par mois pour vivre. Un job de livreur qu’il assure le soir après les cours et un petit pécule de ses parents. « Et encore, je ne suis pas le plus à plaindre ! », précise-t-il. En passant devant les étals, il remplit son sac de courses. De quoi tenir la semaine. Pains, œufs, pates, légumes frais, desserts, plats cuisinés et même quelques produits cosmétiques, « il y a vraiment beaucoup de choix », apprécie le jeune homme, en montrant une bouteille de soda. Un produit qu’il ne pourrait jamais s’offrir en temps normal ! Pour pouvoir bénéficier de l’aide, les étudiants doivent justifier d’un « reste à vivre » de 250 euros par mois maximum. L’assistance sociale du CROUS instruit les demandes avant de les adresser à la Croix-Rouge. Ensuite, chacun se sert en fonction de ses goûts et de ses besoins « et personne n’exagère », témoigne Jean-Paul Driolet.
Lui continuera de venir « tant qu’il le faudra ! ». Ici, il se sent utile. Il aime ce contact avec la jeunesse. « Au départ, ils sont un peu réservés mais avec le temps, on crée des affinités. Certains nous partagent leurs recettes de cuisine et nous racontent leurs histoires. Il y en a même qui me reconnaissent dans la rue ! » A chaque fois qu’il le peut, il répond aux sollicitations qu’il reçoit. En lien avec une association étudiante, il a monté une autre opération sur le Campus de la Nive à Montaury et pour Noël, il ira récupérer des boîtes solidaires confectionnées par les élèves de l’école municipale de Bidart pour les donner aux jeunes de la résidence.
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