Mini-série de l'été épisode 3 : l’assainissement, ce géant méconnu

Chaque année, la Communauté Pays Basque traite près de 27 millions de mètres cubes d'eaux usées, l'équivalent de 30 piscines olympiques par jour ! Dans ce nouvel épisode, nous plongeons au coeur du système d'assainissement pour mieux comprendre comment travaillent les équipes en charge de l'entretien et de la rénovation des réseaux et montrer l'ampleur des défis auxquels le territoire est confronté.

Mise à jour : 20 janvier 2026

Qualité de l'eau au Pays Basque : découvrir tous les épisodes de notre mini-série

Dans le précédent épisode, nous sommes allés à la rencontre des équipes de terrain qui surveillent chaque été les eaux de baignade pour protéger la santé des usagers. Nous remontons aujourd’hui le fil de l’eau pour comprendre d’où proviennent les pollutions et comment elles sont traitées.

Collectif et non collectif

La préservation de la qualité de l’eau est une équation à plusieurs facteurs. La partie la plus visible et sans doute la plus connue concerne le traitement des eaux usées. Il y a les eaux noires qui viennent de nos sanitaires et les eaux dites grises que l’on utilise pour la lessive, la douche, la cuisine, explique Emmanuel Vivier, directeur exploitation Eaux et Assainissement de la Communauté Pays Basque. Pour traiter ces eaux sales, il existe deux moyens, soit le particulier est relié au réseau public (NDRL : on parle d’assainissement collectif), soit il n’est pas desservi et il doit être équipé d’un système d’assainissement autonome.

30 piscines olympiques par jour

Dans le détail, les chiffres permettent de mieux comprendre l’ampleur de la mission qu’assurent au quotidien les agents de l’Agglomération. Sur les 330 000 habitants du Pays Basque, 275 000 sont raccordés au réseau collectif (83%). Il faut 1 900 kilomètres de canalisations (3 fois la distance entre Paris et Biarritz) et 117 stations d’épuration pour collecter et traiter toutes les eaux usées du territoire. En moyenne, ce sont plus de 27 millions de mètres cube d’eaux sales qui sont dépolluées chaque année, l’équivalent de 30 piscines olympiques par jour ! A cela, s’ajoutent les quelques 24 000 installations d’assainissement de particuliers que la collectivité a pour charge de contrôler et d’homologuer.

Découvrez dans cette vidéo “L'eau, d'où vient-elle, que devient-elle ?”, réalisée en partenariat avec TVPi, le travail des agents de la Communauté Pays Basque en charge de l'assainissement.

Transcription textuelle

[TVPI]

[L'eau, d'où vient-elle, que devient-elle ?

Le “petit cycle de l'eau”, désigne le parcours que l'eau emprunte du point de captage dans la rivière ou la nappe d'eau souterraine jusqu'à son rejet dans le milieu naturel. Il comprend le circuit de l'eau potable et celui du traitement des eaux usées.

La Communauté d'agglomération Pays Basque présente :

Herri Zaleak
Ceux qui font le Pays]

Propos de Henri Moïzo, Directeur Adjoint Exploitation Eaux et Assainissement CAPB :

[Localisation : Hasparren]
[Bruit d’eau]

Il y a 136 captages au total à la Communauté d’agglomération Pays Basque. Ces eaux, pour 50%, sont issues d’eaux souterraines qui elles-mêmes proviennent de 125 sources naturelles. Il y a aussi 11 ressources de surface.

Notre métier est de prélever, de traiter, de stocker, de distribuer pour 185 000 abonnés ; ce qui représente 321 000 habitants.

Nous avons vu ici sur le captage de Pitxaborda deux arrivées ressources avec des sources qui sont collectées vers un réservoir ainsi qu’un barrage qui contient de l’eau de surface qui provient du massif de Lursuya. Nous sommes là sur un forage également. Donc les eaux issues du forage et des sources sont collectées, subissent une simple désinfection et peuvent être directement distribuées.

Pour l’eau de surface, cette dernière doit passer par un traitement plus élaboré. 

Nous avons réalisé en 2021, 1500 contrôles. Pour, pratiquement 98% d’entre eux, sont corrects au niveau bactériologiques et pour 99%, sont corrects au niveau physico-chimique.

Nous produisons 29 millions de m3 d’eau ; nous en distribuons 22,5 millions ; ce qui représente un rendement de nos réseaux de l’ordre de 80%. 

Aujourd’hui, globalement, entre les eaux domestiques et les eaux industrielles, on consomme 120m3 par jour ; ce qui représente 191 litres par habitant ; ce qui veut dire que par jour, sur la population de la CAPB, cela représente 80 000m3 d’eau. C’est l’équivalent de 1,5 piscines olympiques par heure.

Propos de Jon Haritschelhar, Responsable exploitation en régie :

Les eaux de surface captées au niveau du barrage de Pitxaborda sont acheminées jusqu’ici au niveau de la station d’eau potable de Zelai. Elles vont subir un traitement qui est la coagulation, la floculation, la décantation et la filtration sur sable. Donc, dans un premier temps, l’eau va arriver dans une petite cuve dans laquelle on va ajouter un coagulant floculant. Un agitateur va permettre de mélanger l’eau de façon rapide et grâce à ça, la matière en suspension va pouvoir s’agglomérer en petits floques. Puis, dans un second temps, l’eau va passer dans une cuve dite de floculation, une cuve un peu plus importante dans laquelle un agitateur plus lent va mélanger l’eau de façon un peu plus lente et ça va permettre à ces particules de former des floques un peu plus importants. 

Les eaux vont sortir de la cuve de floculation pour aller dans la cuve de décantation. C’est un décanteur lamellaire. Grâce aux floques qui ont été formés, les matières vont pouvoir décanter beaucoup plus facilement et l’eau propre va sortir en surverse des décanteurs.

Une fois la décantation terminée, les eaux vont se diriger vers des filtres à sable. Ces filtres à sable vont permettre de débarrasser l’eau des dernières particules grâce aux propriétaires du sable mais également grâce aux bactéries qui se peuvent se développer sur ce sable-là. Ces bactéries vont consommer la pollution qui pourrait rester encore dans l’eau.

[Bruit d’eau]

Une fois les eaux filtrées, elles ne sont pas encore potables. On va les désinfecter grâce à l’ajout de chlore liquide. Elles vont être mélangées aux eaux de source et aux eaux de forage avant d’être mises en distribution. 

Sur la totalité de la Communauté Pays Basque, nous pouvons stocker 150 000m3 d’eau répartis dans 153 réservoirs. 

[Musique]

Propos de Laurent Melchior, Responsable Régie Assainissement Bayonne et Boucau CAPB :

[Localisation : Bayonne]
[Bruit d’eau]

Le service en régie d’assainissement de l’agglomération effectue des opérations d’entretien préventive ou curative. En l’occurrence, ce matin, c’était une opération préventive de nettoyage de l’ouvrage d’un poste de relevage. Un poste de relevage est un équipement qui récupère toutes les eaux usées d’un quartier et qui a pour objectif de les pomper et de les envoyer vers la station d’épuration ; la station de traitement qui se trouve à Saint Frédéric en l’occurrence. Et donc, ce matin, c’est une équipe de trois personnes qui se sont mis en sécurité pour intervenir et descendre dans l’équipement pour le nettoyer et le débarrasser de tous les macro-déchets qui peuvent s’y retrouver. Et, donc, ça permet d’une part, de maintenir l’équipement en bon état, de contrôler qu’il ne se dégrade pas et aussi de prévenir d’autres pannes qui pourraient se faire sur des équipements hydrauliques. 

Propos de Emmanuel Vivier, Directeur Eaux et Assainissement CAPB

Quand on parle de l’utilisation de l’eau, on parle de l’utilisation de l’eau de 2 manières. On a ce que l’on appelle les eaux noires, qui sont utilisées pour les besoins sanitaires et les eaux grises qu’on utilise pour la lessive, la cuisine, la douche, etc. Tout ça, ça rejoint les canalisations internes des habitations. 

Là, on a deux alternatives. Soit, on est desservi par le réseau public d’assainissement ; soit, on n’est pas desservi et à ce moment-là, on a un assainissement autonome qui est propre à l’habitation. 

Quand on a 320 000 habitants qui utilisent de l’eau potable sur la Communauté d’agglomération Pays Basque, on a 80% de cette population qui est desservi par l’assainissement collectif. Donc, ces eaux-là sont reçues dans le réseau public qui récupère les eaux usées de temps sec bien évidemment. Mais parfois, dans certains centres urbains un peu denses, des eaux usées météoriques qui viennent impacter par temps de pluie, la quantité des eaux usées à traiter.

Donc ici, on se trouve sur la station d’épuration de Bayonne-Saint Bernard qui traite des effluents pour partie de la commune de Bayonne et pour partie, de la commune de Boucau. Et, au niveau du traitement, on a, sorti des habitations, des postes de relevage qui sont disséminés sur le territoire. Donc, là, sont figurés les 3 postes terminaux juste avant l’installation qui envoient les eaux usées à traitement vers l’installation de traitement avec possibilité de récupération des eaux de temps de pluie lorsqu’il y a un gros flot d’orage dans un bassin de récupération qui, une fois le flot d’orage passé, restitue gentiment l’eau vers la station d’épuration.

La première étape du traitement qui est figurée ici par une grille qui récupère les macro-déchets ; ces macro-déchets qui sont évacués du traitement dès le départ. Les sables et les graisses pour des questions de difficultés possibles si on les laisse en l’état dans la suite ultérieure du traitement. Ensuite sur cette installation, on a un tamisage, c’est-à-dire que l’on a une grille très très fine qui va, là encore, récupérer les déchets qui auraient pu passer la première étape du traitement. 

Et, ensuite, le système global de l’installation avec la population bactérienne qui récupère par la pollution comme aliment à laquelle on amène un peu d’air pour vivre. Et, ensuite, un système compact sur cette installation-ci, qui est une filière membranaire qui est la dernière génération des installations de traitement qui permet de séparer les boues qu’on évacue du système, de l’eau épurée qui est ensuite rejetée vers les milieux naturels et, en l’occurrence ici, dans l’Adour. 

La qualité du traitement correspond à une réglementation qui est très précise. Elle consiste à mesurer 24h sur 24 et 7 jours sur 7, ce qui rentre sur l’installation et la qualité du traitement. Donc, aujourd’hui, en termes d’auto-surveillance, sur l’ensemble de la Communauté Pays Basque, on en est à 1000 contrôles par an de la qualité du traitement de nos installations. Il faut noter également que, par ailleurs, en termes de qualité de suivi des équipements, aujourd’hui il existe des systèmes de surveillance à distance, que l’on appelle la télégestion, qui permettent de surveiller en temps réel la qualité de fonctionnement de l’ensemble des équipements qui composent le traitement tant en eau potable qu’en assainissement et de s’assurer qu’en cas de défaillance, tous les secours sont activés pour assurer à la fois la bonne qualité de distribution de l’eau potable aux usagers de la Communauté Pays Basque mais également de la qualité de l’eau qui est rejetée par l’ensemble des installations de traitement.

[Musique]

Propos de Laurent Melchior, Responsable Régie Assainissement Bayonne et Boucau CAPB :

Toutes les eaux usées que l’on retrouve dans ces ouvrages-là, sont des eaux usées qui sont véhiculent par les toilettes, par les éviers, les lavabos des habitations des usagers, des abonnés. Il y a un gros problème aujourd’hui, de manière générale en France et même dans le monde, il y a une pratique des lingettes. Et, d’un point de vue sanitaire d’habitation, on retrouve aujourd’hui, des lingettes pour tout, pour désinfecter les sols, pour désinfecter les toilettes, les lavabos et autres. Il y a eu un peu une publicité qui est un peu à contre-courant car il est marqué biodégradable sur ces lingettes-là alors qu’elles ne sont pas biodégradables instantanément. Le seul élément qui se dégrade dans les eaux usées est le papier toilette. C’est le seul élément que l’on a le droit de jeter dans les toilettes. Il est important que tout le monde comprenne que les lingettes ne doivent pas être jetées dans les toilettes mais bien dans une poubelle parce que derrière, cela crée des amas, des bouchons qui bouchent les réseaux, qui bouchent les pompes, qui bouchent les réseaux et qui créent des pannes et qui ne permettent pas d’assurer en continu le pompage des eaux usées vers la station d’épuration. C’est vraiment le mal du 21ème siècle : ces lingettes, s’il vous plaît, ne jetons dans les toilettes que les eaux usées et le papier toilette. Tout le reste doit se mettre à la poubelle qui est récupérée par nos collègues des ordures ménagères sur la collecte des ordures ménagères.

Reportage de M. Bouchfar et C. Bossard.

Gérer les fortes pluies

La Communauté Pays Basque a consacré près de 23 millions d’euros en 2023 pour faire fonctionner et améliorer ses équipements en termes d'assainissement. Toutes activités confondues, l’eau représente plus de la moitié des investissements de la collectivité. Aujourd’hui, nos infrastructures sont globalement en bon état, explique Thierry Patouille, directeur Général Eau, Littoral et Milieux Naturels de la Communauté Pays Basque. Par temps clair, nous savons parfaitement traiter les eaux usées qui arrivent en station, même en pic d’été. Ce sur quoi nous concentrons nos efforts, c’est sur la gestion des gros volumes d’eau qui arrivent lors de fortes pluies. Dans le jargon technique, on appelle cela « les eaux claires parasites ». Ce sont toutes les eaux de pluie, de nappes souterraines mais parfois même des déversements dus à des mauvais branchements de particuliers qui rejoignent le réseau des eaux usées et peuvent l'emmener à saturation.

Un travail au long cours

Empêcher ces infiltrations exige un travail au long cours. Il faut curer, laver et sécuriser des kilomètres de canalisations. En 2023, plus de 240 kilomètres de conduites ont été nettoyés et 12,5 kilomètres de réseau ont été renouvelés. Lorsque l’on rénove les réseaux, nous passons majoritairement sur du séparatif, précise Thierry Patouille. Cela permet de dissocier les eaux usées et les eaux pluviales et donc de limiter l’impact des épisodes pluvieux sur nos stations. Nous construisons aussi des bassins de rétention en amont des stations pour stocker les surverses d’eau. Il en existe aujourd’hui 139 sur tout le territoire. Certains ouvrages, comme celui situé sous la Grande Plage de Biarritz, peuvent mesurer jusqu’à 12 mètres de haut et stocker 10 000 m3 d’eau chacun, l’équivalent de plus de 5 piscines olympiques !

Retenir la goutte d’eau

Mais il ne faut pas laisser croire qu’on pourra créer un système parfait qui sera capable de retenir toute l’eau qui tombe du ciel, confesse Thierry Patouille. À l’avenir, le Pays Basque va devoir faire face à des épisodes de pluie toujours plus intenses. L’enjeu aujourd’hui, c’est de permettre à la goutte d’eau de s’infiltrer au plus près de là où elle tombe. Cette stratégie a de multiples vertus. Elle évite de saturer les réseaux de collecte, permet de recharger les nappes phréatiques et empêche aussi le ruissellement des pluies qui souillent les cours d’eau. Au Pays Basque, de nouvelles règlementations se mettent en place progressivement pour obliger les particuliers à compenser la perte de terrain artificialisé lorsqu’ils construisent, notamment dans les zones les plus denses. C'est ce que l'on appelle les zonages pluviaux. Les villes et les territoires, eux aussi, s'adaptent. Les nouveaux aménagements urbains donnent aujourd'hui davantage de place au végétal plutôt qu'au minéral. À Bayonne, un permis de végétaliser à même été ouvert aux habitants pour reverdir les espaces publics. Ces initiatives dessinent le visage d'un Pays Basque qui se réinvente et cherche partout des solutions nouvelles pour préserver l'eau et l'environnement.

Dans les prochains épisodes

Nous montrerons des exemples concrets et inspirants d'acteurs engagés localement pour la défense de la qualité de l'eau. Associations, agriculteurs, collectivités, chacun prend aujourd'hui sa part dans ce défi collectif, au bénéfice des générations futures.