Le Conservatoire Maurice-Ravel fête ses 150 ans
9 octobre 2026
Les lumières artificielles dans nos villes sont un véritable fléau pour les populations d’insectes et en premier lieu les papillons nocturnes. Chargé de projets au Conservatoire d’Espaces Naturels de Nouvelle-Aquitaine, Pierre-Yves Gourvil appelle à une mobilisation générale pour sauver ces sentinelles, indispensables à la pollinisation.
Mise à jour : 7 octobre 2026
Qui n’a jamais vu un papillon de nuit tourner sans fin autour d’un lampadaire, jusqu’à l’épuisement ? Cette scène, banale en apparence, sonne pourtant comme un cri d’alarme !

Une population en déclin
Avec la disparition des espaces naturels, l’usage des produits phytosanitaires et la concurrence des espèces exotiques, la lumière artificielle est une des principales causes de l’effondrement des populations d’insectes. Spécialiste des lépidoptères au Conservatoire d’Espaces Naturels de Nouvelle-Aquitaine, Pierre-Yves Gourvil les étudie depuis plus de 10 ans. Les papillons de nuit utilisent la Lune et les étoiles pour se déplacer. A cause de la pollution lumineuse, ils sont désorientés, ils ne peuvent plus butiner les fleurs pour se nourrir ou repérer leurs partenaires pour s’accoupler. Les points lumineux les rendent aussi plus visibles de leurs prédateurs.
Lors des inventaires, le constat est souvent sans appel. Les individus sont de moins en moins nombreux. En cœur de ville mais aussi dans les zones naturelles autrefois préservées comme les forêts ou les cours d’eau. L’éclairage massif rend aussi plus difficiles leurs migrations. Comme pour les oiseaux, la pollution lumineuse peut créer de véritables barrières qui les empêchent de voyager sur de longues distances
, précise l’expert, ce qui nuit encore davantage à leur reproduction.
La mauvaise réputation
Souvent considérés à tort comme des nuisibles, les papillons de nuit revêtent en réalité une importance capitale dans la grande chaîne du vivant. Déjà, en nombre. Il existe près de 5000 espèces de papillons nocturnes en France, contre seulement 262 diurnes.
A l’état de chenille, ils constituent un garde-manger de choix pour de nombreux animaux : les oiseaux, comme les pinsons ou les mésanges, mais aussi les lézards, les araignées, les chauve-souris. Plus surprenant, des études scientifiques récentes ont aussi démontré le rôle central des papillons de nuit dans la pollinisation. Comme ils sont très nombreux, ils visitent énormément de familles de fleurs différentes. Ils sont aussi importants dans ce processus que les abeilles ou les bourdons !
, affirme Pierre-Yves Gourvil.

Pour le naturaliste, le problème de la pollution lumineuse n’a rien d’une fatalité. A la différence des autres causes, c’est assez facile à résoudre, il suffit d’appuyer sur un interrupteur
, argue-t-il, un brin provocateur. Le manque ne vient pas de la règlementation, une des plus strictes d’Europe, précise-t-il, mais plutôt de nos croyances. Parmi les arguments souvent avancés par les opposants à l’extinction de l’éclairage public, celui qui arrive en tête, c’est toujours la sécurité. Pourtant, les études disent le contraire. Quand il y a moins d’éclairage, il y a moins d’accidents de la route et il n’y a pas davantage de vols ou d’agressions
, plaide-t-il. Il ne s’agit pas forcément de tout éteindre mais de mieux éclairer !
. Les systèmes de LED permettent, selon lui, de jouer avec de nombreux paramètres qui ont un effet bénéfique sur la faune et la flore, la nuit : l’intensité de l’éclairage, son orientation pour ne viser que les cibles nécessaires, l’allumage automatique et même la couleur, en privilégiant des teintes orangées, moins nocives. Moins éclairer, c’est aussi des économies d’énergie à la clé !
, rappelle-t-il.
Une trame noire en préparation
Dans ce combat, le Pays Basque fait figure de bon élève. Un rapport commandé par la Communauté d’Agglomération a montré que la clarté du ciel s’était nettement améliorée, passant de 22% de nuits suffisamment sombres en 2014 à 47%, dix ans plus tard. Seul bémol pointé par les experts, les débuts et les fins de nuits restent encore trop éclairés. Or, c’est sur ces périodes que la biodiversité est la plus active
, note Pierre-Yves Gourvil. Le territoire basque est aussi, avec l’Occitanie, une route majeure pour les migrations. Et pour que les espèces y circulent facilement, il faut que toutes les communes jouent le jeu. Un seul village mal éclairé sur un secteur peut tout gâcher.
C’est tout l’intérêt de la trame noire sur laquelle travaillent les élus communautaires qui vise, en plus des actions prises localement, à créer des zones continues d’obscurité. Et Pierre-Yves Gourvil de conclure : Ce qui est bon pour la santé des animaux, c’est aussi bon pour notre santé. En luttant contre la pollution lumineuse, on améliore la qualité de notre sommeil, on réduit le stress et les maladies.