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19 janvier 2026
Guidés par la metteuse en scène Amaia Hennebutte, des personnes en situation de handicap ou en souffrance mentale ont créé leur propre spectacle. Ils jouaient une dernière représentation à Saint-Pée-sur-Nivelle. L’épilogue d’une expérience qui les a profondément transformés.
Mise à jour : 12 décembre 2025
Ce spectacle, c’est leur exutoire. Un espace de liberté dans lequel ils racontent leurs parcours de vie cabossés, les difficultés du handicap, le regard et les jugements pas toujours bienveillants que portent sur eux la société. Certains souffrent de maladies mentales, de dépression, d’autres, après un accident de la vie ou à cause d’un handicap de naissance, rencontrent des difficultés à marcher, à bouger ou même à parler.

Une troupe du bouche-à-oreille
Ce lundi après-midi, devant une salle fournie à Saint-Pée-sur-Nivelle, ils jouent pour la dernière fois. La fin d’une aventure de près de deux ans qui a débuté « un peu par hasard, au grès des rencontres », raconte son initiatrice Amaia Hennebutte. A la tête de la compagnie Kiribil, cette figure de la scène artistique basque travaille depuis de nombreuses années avec les publics éloignés de la culture. « En 2023, Kiribil animait des ateliers toutes les semaines au Cafécito à Bayonne, un café inclusif qui aide les personnes qui souffrent de troubles mentaux ou d’isolement. On faisait un peu de tout, des arts plastiques, du théâtre, de l’expression corporelle, de la danse. » Au fil du temps, une petite troupe de fidèles se forme autour du projet et prend goût à l’exercice. « Ils s’ouvraient et avaient de plus en plus confiance en eux. C’est comme ça qu’est née l’envie de monter Har-Eman (NDRL : Prendre-Donner en basque). » Le spectacle est d’abord joué en plein air à Bayonne avant d’être adapté sur scène, à Biarritz et Saint-Pée-sur-Nivelle.

Le futur Artus
La performance est à l’image de la compagnie : bigarrée, drôle, engagée, sensible. Un méli-mélo artistique où chacun s’exprime à sa façon par la poésie, l’humour, le mime, la danse, la musique ou le chant, avec en fil conducteur « cette idée du lien. Le lien qui nous relie mais aussi le lien qui nous entrave », décrit Amaia Hennebutte. Pour Tristan, l’aventure Har-Eman a été une renaissance. Opéré du cerveau à 16 ans à cause d’une malformation, le jeune trentenaire raconte son parcours et les difficultés de son quotidien dans un one man show caustique, « comme Artus ou Jérémy Ferrari », ses idoles. La scène lui a redonné confiance et il rêve maintenant de remplir seul des salles dans tout l’Hexagone. « Peut-être pas l’Olympia, mais presque ! » Yvonne, elle, aimerait voir changer le regard des gens sur le handicap. Atteinte d’un cancer, elle vit avec un déambulateur. Un objet qui lui vaut parfois des moqueries qu’elle ne comprend pas. Sur les planches, elle danse, bouge et chante pour se réapproprier ce corps qui la fait souffrir et montrer qu’elle est autant capable que les autres. « Dans la vraie vie, les personnes que je croise font la grimace. Là, elles repartent avec le sourire », apprécie la sexagénaire. Elle appréhende un peu l’après, quand la petite troupe va se séparer. Elle aimerait continuer à faire du théâtre de boulevard ou de la danse « mais dans un endroit qui soit bienveillant, comme ici. »

L’expérience qu’ils ont vécue ensemble démontre « le pouvoir transformateur de l’art », défend Amaia Hennebutte. « Qu’on soit enfant, vieux, malade ou peu importe, lorsqu'on laisse parler son âme créatrice, ça nous aide à aller mieux. » Comme avec des nouveau-nés ou des réfugiés, avec qui elle a eu l’occasion de travailler, elle aime ce langage de « coeur à coeur » mais aussi leur créativité folle « sans les filtres et les barrières que nous impose la société. » Le rideau tiré, elle continuera de garder un œil attentionné sur ses protégés pour qu’ils ne perdent pas ce lien précieux qu’ils ont créé. En mars prochain, ils se retrouveront pendant une semaine pour imaginer un spectacle inclusif avec des élèves du collège Arretxea de Saint-Pée-sur-Nivelle. Avec toujours l’art comme trait d’union.
19 janvier 2026
Du 01 janvier au 31 décembre