Épisode 5 : La forêt durable, premier rempart contre les incendies

Alexis Prudhomme et sa brigade veillent sur les forêts du territoire. Ce spécialiste des incendies à l’ONF travaille à développer une plus grande culture du risque et à repenser l’aménagement de ces écosystèmes naturels fragilisés par le changement climatique. Il veut éviter au Pays Basque de connaître des mégafeux comme les ont subis les départements voisins des Landes et de Gironde, cet été.

Mise à jour : 8 octobre 2026

Ce matin, la forêt du Pignada a repris quelques couleurs. Une bruine fine vient mettre fin à des semaines de sécheresse. Un petit soulagement pour Alexis Prudhomme. Spécialiste de la Défense des Forêts Contre l’Incendie (DFCI) à l’Office National des Forêts sur le département des Pyrénées-Atlantiques, il a passé tout l’été, avec ses collègues techniciens forestiers, à veiller sur les massifs du territoire, à l’affût du moindre départ de feu.

Un climat propice au Pays Basque

Avec des températures élevées, sur de longues périodes, une pluviométrie presque inexistante, des sols secs et une végétation en souffrance depuis le début du printemps, cette saison aurait pu être celle de tous les dangers. Heureusement ici, nous avons été relativement épargnés. Les incendies sont restés limités, décrit l’expert. A la différence des territoires voisins des Landes et de Gironde, le Pays Basque bénéficie depuis toujours d’un climat et d’une topographie favorables. Il y a les brises marines régulières sur la côte basque qui apportent de l’humidité et, tout de suite après, des vallons ombragés avec de nombreux cours d’eau et des montagnes qui conservent cette atmosphère humide. Mais en toile de fond, les effets du réchauffement climatique se font sentir.

En parcourant les sentiers de la forêt angloy, Alexis Prudhomme montre les fougères noircies, les petits arbustes aux feuilles jaunies et la végétation au sol très asséchée par endroits. Pendant la saison estivale, il vient ici chaque semaine pour suivre l’état de santé de ce sanctuaire de biodiversité qui porte encore les stigmates de l’incendie de 2020. Relevé du niveau d’hygrométrie, analyses de la teneur en eau des plantes, suivi du tapis végétal, ces observations sont ensuite exploitées par Météo France pour élaborer les cartes de vigilance feux de forêts, comme pour les risques d’orage. Le site d’observation du Pignada sert de marqueur pour le reste du territoire, détaille Alexis Prudhomme. C’est un site plutôt préservé grâce aux entrées maritimes. Si les données sont mauvaises ici alors le risque incendie sera encore plus fort ailleurs.

Développer la culture du risque

Les images choc des forêts calcinées et des villages prisonniers des flammes cet été ont marqué les esprits. Même ici au Pays Basque où la culture du risque incendies ne fait pas encore véritablement partie du paysage, je me suis mis à recevoir d’un coup beaucoup d’appels, témoigne le professionnel. Les municipalités me contactent pour savoir comment mieux se protéger. Parmi les mesures préventives, il y a d’abord les OLD (Obligations Légales de Débroussaillement), insiste-t-il. Cette règlementation vise à limiter la propagation et l’intensité des feux de forêts en enlevant notamment la végétation très inflammable à proximité des habitations ou dans les zones à risque. Mais d’autres gestes sont aussi très utiles, rappelle l’agent, comme ne pas faire de barbecue près des herbes ou des broussailles, ne pas jeter de mégots dans la nature et être particulièrement vigilant lorsque l’on manipule des outils de bricolage qui produisent des étincelles. Neuf départ de feux sur dix sont d’origine humaine et donc facilement évitables, en prenant quelques précautions.

Et ensuite, il y a la vision de la forêt à long terme. Après-guerre, le Pays Basque a connu une forte période de reboisement. Mais la logique de monoculture et les essences plantées à l’époque résistent difficilement au climat actuel, comme le frêne ou l’aulne qui ont besoin de beaucoup d’eau. L’Office National des Forêts applique depuis longtemps des règles de gestion raisonnée, en limitant les coupes totales des arbres sur de grandes surfaces et en réintroduisant des espèces plus adaptées et plus variées. Nous tendons vers un modèle de forêts-mosaïques constituées de 3 à 4 essences différentes. Ceci contribue à rendre les écosystèmes plus robustes. Les forêts sont moins sujettes aux sécheresses, aux maladies ou aux attaques de ravageurs, qui progressent davantage lorsque les milieux sont fragilisés. Mais l’organisme, placé sous tutelle du ministère de l’Agriculture, n’intervient que sur le domaine public. Or, sur le territoire, 60% des espaces forestiers sont privés, constate Alexis Prudhomme.

Une charte pour protéger nos forêts

Aussi, lorsqu’ils ne sont pas au chevet des incendies, ces passionnés des arbres accompagnent les collectivités propriétaires de forêts. En lien avec la Communauté d’Agglomération Pays Basque qui travaille sur une Charte forestière, ils font de la pédagogie auprès des élus locaux, notamment pour rappeler les règles à respecter mais aussi mieux aménager les massifs, notamment en ouvrant des voies d’accès aux services de secours, une pratique encore peu développée. Chaque automne, les professionnels de l’ONF organisent aussi une Journée de la Forêt pour faire mieux connaître ces écosystèmes exceptionnels, chaînon indispensable pour de nombreux autres milieux et espèces, valoriser leurs atouts dans la lutte contre le réchauffement climatique, l’érosion des sols ou les sécheresses, montrer leurs extraordinaires pouvoirs de résilience et raconter aussi leurs histoires singulières, toujours empreintes ici de mythologies et de mystères.