Épisode 5 : Quand la recherche agronomique aide les paysans à s'adapter aux dérèglements du climat

Au domaine Xubialdea de Lasse, grâce à des cépages résistants testés grandeur nature, Battitt et Stéphanie Ybargaray ont agi pour lutter contre le mildiou et continuer à vivre de leur passion.

Mise à jour : 15 octobre 2025

À la veille des vendanges, ils savent déjà que « la récolte sera mauvaise. » 50 % de pertes, au bas mot. La raison ? Le mildiou, ce champignon d’Amérique du Nord bien ancré en Pays Basque, qui attaque les vignes en pénétrant sous les feuilles et cause des ravages dans les vignobles, notamment ceux de l’AOP Irouleguy. « Avec l’humidité croissante, les températures plus élevées, le champignon est dans sa zone de confort et ne cesse de proliférer. C’était usant moralement », glissent Battitt et Stéphanie Ybargaray, « paysans, vignerons, théistes » du domaine Xubialdea de Lasse, à proximité de Saint-Jean-Pied-de-Port.

Action-réaction

Dans ce « face-à-face avec cette maladie des vignes », ces paysans expérimentés et sensibles aux évolutions de la recherche agronomique ont décidé de passer à l’action en testant grandeur nature des cépages résistants au mildiou. Sur leurs vignes en pente, ils cultivaient jusque-là des cépages de blancs autorisés par l’AOP Irouleguy, du « petit manseng » en majorité et du « gros manseng ». Ils ont fait le choix de vigne à haute densité (10 000 pieds plantés à l’hectare) en bio. Certes, bonne en termes de qualité mais fragile face aux attaques du mildiou. « C’est simple, il faut aujourd’hui jusqu’à 20 traitements, alors qu’on était à 12 tout au plus il y a 20 ans. Ce n’est plus possible », concède Battitt.

Alors, pour être moins angoissé face aux assauts du dérèglement climatique, dès l’arrivée d'orages ou de fortes pluies, et pour retrouver le plaisir de travailler la vigne, le couple a misé sur des cépages résistants au mildiou, testés par des chercheurs agronomiques français, allemands et italiens. « En mai dernier, j’ai planté sur 18 ares près de 850 pieds de floréal et 1 000 pieds de pinot Iskra », explique Battitt Ybargaray. L’atout de ces deux cépages ? Leur résistance polygénique : « ces cépages ont deux gènes de résistance naturelle au mildiou, ce qui nous met plus en confiance », rebondit Stéphanie. Le cépage résistant nécrose le mildiou. Il contient ses attaques. « Le champignon ne peut plus proliférer. Il suffit de regarder la vitalité de ces jeunes plants en fin de saison ! », note Battitt en caressant l’une des jeunes pousses.

Un choix de raison

Il faudra attendre trois années culturales, soit 2027, avant de goûter le vin produit par ces cépages hybrides. « Alors oui, le vin aura peut-être un goût différent, mais nous avons fait ce que nous estimions juste pour notre ferme. Dans le respect de l’écologie, insiste Stéphanie. Et pour continuer à vivre des produits de notre terre. »  Un choix de raison, le plus adapté à la réalité de leur terre et de leur ferme, Xubialdea, située au creux de la vallée d’Arneguy, contre les montagnes, proche d’une rivière et dans une zone fraîche. « Chaque ferme a son histoire, sa réalité. Nous, nous avons fait ce qui nous semblait bon pour affronter l’avenir et les aléas du dérèglement climatique. »

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