Épisode 5 – Un programme sur-mesure pour développer l’entrepreneuriat dans les quartiers
Lancé en 2019, CitésLab aide les habitants des quartiers prioritaires de la Ville de Bayonne à créer leur entreprise. Grâce à ce programme, Rachedi Menaouar a pu lancer avec succès sa propre boulangerie.
Mise à jour : 12 décembre 2025
Farida Schmitt est une figure bien connue du quartier Breuer. Au pied des imposantes tours de la cité des Hauts-de-Bayonne, elle passe une partie de son temps à « aller vers » les résidents pour les sensibiliser à la question de l’entrepreneuriat. « Être disponible, c’est la base de mon métier, explique la quinquagénaire dynamique. Mon bureau est toujours ouvert, pas besoin de prendre rendez-vous ! »

Leur montrer que c’est possible
Depuis deux ans, elle est à la tête du programme CitésLab, un dispositif porté par le GIP-DSU (Groupement d’Intérêt Public – Développement Social Urbain) de Bayonne et du Pays Basque, financé par la Communauté Pays Basque, qui vise à encourager les créations d’entreprise dans les quartiers populaires. Son périmètre d’intervention couvre les deux zones prioritaires de la Ville de Bayonne : Breuer et Maubec-Citadelle. Un « petit village » où vivent près de 5000 habitants. Elle se voit surtout comme une facilitatrice. « Les gens des quartiers n’ont pas cette culture de l’entrepreneuriat. Ils ne se sentent pas légitimes, ils pensent que ce n’est pas pour eux, que ça va leur coûter beaucoup d’argent. Je suis là pour leur montrer que c’est possible ! » Lorsqu’elle les reçoit à son bureau, elle les questionne, d’abord, essaie de dessiner avec eux les contours de leurs projets et sonde leurs motivations. « A la base, il faut avoir envie de devenir chef d’entreprise. Pour ne pas prendre de risque, je recommande toujours de démarrer petit. » Pour aider ces profils souvent inexpérimentés, elle crée des formations sur mesure et à la demande, « sur le marketing, les réseaux sociaux, les déclarations d’impôts, les règles sanitaires... » et fait appel à ses partenaires pour les guider au mieux.
Des conseils en or
Au comptoir de la petite boulangerie qu’il a rachetée il y a trois ans, Rachedi Menaouar acquiesce de la tête. C’est grâce à ses conseils avisés qu’il a réussi. Ancien technicien de maintenance dans l’aviation, lui aussi a tout appris sur le tas. « L’aide de Farida, ça vaut de l’or ! », reconnaît-il. Face au mille-feuille administratif, aux procédures complexes et à la myriade d’interlocuteurs, « elle nous oriente et trouve des solutions rapides. Ça nous fait gagner un temps énorme. Et le temps, c’est de l’argent ! » Avant lui, l’ancien propriétaire de la boulangerie avait mis la clé sous la porte. « Vendre du pain, ça ne rapporte plus grand-chose ! », regrette-t-il. Pour ne pas se tromper de voie, il mène une rapide étude de marché et décide avec sa femme de miser sur le snacking. Le GIP négocie pour eux le rachat du fonds de commerce avec le bailleur social et aide le couple à s’installer. « J’avais besoin d’un four à pizza. CitésLab avait déjà les contacts, je n’ai rien eu à faire », raconte le chef d’entreprise.
Aujourd’hui, la petite affaire familiale vit très bien. La boutique est devenue un lieu incontournable pour les habitants du quartier mais aussi pour les jeunes du lycée Etxepare qui viennent en nombre le midi goûter aux burgers, tacos, tenders de poulet et autres chocolats de Dubaï qu’ils préparent eux-mêmes « en suivant les recettes tendance sur Youtube. » Dans trois ans, ils auront remboursé totalement leur prêt bancaire et se projettent déjà vers de nouveaux défis : réaménager l’espace intérieur, ouvrir une terrasse ou pourquoi pas acheter un autre magasin.

Cette success-story ne pourrait pas faire plus plaisir à leur coach. « C’est pour ça que je me lève tous les matins », témoigne Farida Schmitt. Depuis son lancement en 2019, le dispositif CitésLab a déjà aidé près de 180 entreprises à se créer localement avec un taux d’échec très faible, moins de 5%. Au-delà de la réussite du programme, c’est aussi la portée symbolique qu’elle retient. « Toutes ces belles histoires, ça donne une autre image des quartiers que celle que l’on entend toujours dans les médias. » Un mouvement qu’elle espère voir continuer à grandir.