Face au défi de l’eau, les agriculteurs basques mobilisés
Avec la multiplication des épisodes de sécheresse, les agriculteurs du Pays Basque sont les premiers impactés par le manque d'eau. Une réalité à laquelle ils tentent de s'adapter. Comme la ferme Isakenia à Beguios, plus d'une cinquantaine d'exploitations ont déjà été aidées par la Communauté Pays Basque
Mise à jour : 14 août 2025
Lorsqu'ils reprennent la ferme familiale de Béguios en 2019, l'endroit est une vaste parcelle de monoculture de maïs irriguée. Amaïa Elichiry et Clément Egea veulent pratiquer une agriculture différente, plus proche de leurs valeurs. Ils décident alors de transformer l'exploitation, diversifient les cultures, se convertissent au bio et vendent leur production en circuit-court.
Une fragilité économique
Mais la sécheresse qui frappe le Pays Basque en 2022 fragilise leur projet. En un an, leur consommation annuelle d'eau a presque doublé, le prix de la facture flambe et ils perdent une partie de leur récolte. A cette époque, l'exploitation est entièrement dépendante du réseau public d'eau potable. Conscient du risque pour la pérennité de leur activité économique mais aussi de leur impact sur l'environnement, le couple décide d'investir.
En 2024, ils aménagent un bassin de stockage de 700 m3 en contrebas de la ferme, alimenté uniquement avec l'eau de pluie, sans forage. Ils installent aussi un réseau d’irrigation en goutte à goutte pour limiter les prélèvements et mettent en place de nouvelles mesures pour éviter au maximum l'évapotranspiration des plantes : choix de variétés adaptées, couverture du sol, blanchiment des serres, binage.

Des aides élargies
Le coût des installations est conséquent, près de 35 000 euros, financé en partie grâce à une aide de 12 000 euros de la Communauté Pays Basque. Mais les jeunes exploitants savent qu'ils préparent l'avenir. Les projections montrent que le Pays Basque pourrait perdre jusqu'à 30 % de sa ressource en eau d'ici 15 ans. Grâce à ces équipements, ils n'ont pas utilisé d'eau potable jusqu'à début juillet et espèrent rentabiliser leur investissement en moins de 10 ans.
Comme eux, de nombreuses autres exploitations agricoles adaptent leurs pratiques. Via son dispositif ErrekAgri, la Communauté d'Agglomération a déjà aidé plus d'une cinquantaine d'agriculteurs. Pour accélérer les projets de stockage et de réutilisation d'eau de pluie sur les fermes, les élus ont élargi en juin dernier les conditions d'octroi des subventions pour les maraichers et les arboriculteurs du Pays Basque. Les aides peuvent désormais aller jusqu'à 60% du coût des travaux, plafonnées à 40 000 euros (au lieu de 40% et 30 000€ auparavant).
Irrigation au Pays Basque : une pratique raisonnée
Lorsque l'on regarde en détail les chiffres sur l'irrigation, le Pays Basque fait figure de bon élève. 97,7% des surfaces agricoles n'utilisent aucune irrigation et sont seulement alimentées par les précipitations naturelles. Les 2,3% des terres agricoles du Pays Basque qui sont irriguées représentent 287 exploitations au total. A titre de comparaison, la surface agricole irriguée au niveau national est de 7%. La majorité des irrigants sont des céréaliers, notamment sur les secteurs de la Bidouze et du Saison, et dans une moindre mesure des producteurs de légumes et de petits fruits répartis sur tout le territoire. Mais l'irrigation pour le maïs reste marginale (seulement 20% des terres cultivées au Pays Basque), la majorité des exploitations étant de petites fermes qui cultivent le maïs pour l'élevage. La pratique de l'irrigation en France est particulièrement encadrée. Les autorisations de prélèvement sont accordées chaque année par la préfecture pour un volume donné. En cas de pénurie, des mesures de protection de la ressource sont mises en place, comme par exemple des tours d'eau, c'est-à-dire une rotation des pompages entre les irrigants. Le préfet peut aussi suspendre temporairement les droits de prélèvement.