Au cœur de la pastorale junior de Chéraute
4 juin 2026
La scène de musiques actuelles l’Atabal fêtera ses 20 ans en novembre prochain. En deux décennies, la structure est devenue un lieu incontournable du paysage culturel basque. Son directeur François Maton nous raconte cette ascension et trace des perspectives pour l'avenir de l’établissement.
Mise à jour : 5 septembre 2025
L’Atabal fête ses vingt ans cette année. Comment est née au départ l’idée de créer une salle dédiée aux musiques actuelles à Biarritz ?
Le projet a été porté à l’origine par l’ancienne Communauté d’Agglomération Côte Basque Adour et la Ville de Biarritz. A part quelques concerts, il n’y avait quasiment aucune proposition autour des musiques actuelles à cette époque. Pour les jeunes de ma génération (NDRL : nés dans les années 80), l’ouverture de l’Atabal a été un événement marquant. Il y avait enfin un lieu dans lequel nous nous reconnaissions et qui diffusait la musique que nous écoutions : du rock, de la pop, du rap, du reggae. Avec le skate park à côté, c’est devenu un endroit fédérateur.
La structure a bien grandi. Quels ont été les événements marquants de ces deux décennies ?
Il y a eu deux périodes. De 2005 à 2011, l’Atabal était surtout un lieu de diffusion avec 25 à 30 concerts par an. Quand j’ai pris la direction de l’établissement en 2011, le projet était en difficulté financière et avait besoin d’un second souffle. Les gens d’ici connaissaient le nom Atabal mais ne savaient pas réellement ce que nous faisions : notre école de musique, nos expositions, nos dispositifs de soutien à la création. Nous avions besoin d’ouvrir l’établissement vers l’extérieur, de l’ancrer sur tout le territoire et pas seulement à Biarritz. Nous avons commencé à organiser des actions hors les murs avec la médiathèque de Biarritz, la Gare du Midi, la librairie « Le Festin nu ». Nous avons multiplié les projets avec les scolaires et les publics en difficulté. Et ça a très bien marché ! En 2018, l’Atabal a obtenu le label « Scène de Musique Actuelle (SMAC) » du Ministère de la Culture qui est venu récompenser tout le travail que nous avions mené jusqu’ici pour faire vivre et démocratiser l’accès à la musique. Ensuite, il y a eu le Covid qui a mis un coup d’arrêt au projet, même si nous avons été très soutenus.

Et aujourd'hui, comment se porte l'Atabal ?
Aujourd’hui, l’Atabal se porte bien, nous avons un très bon taux de remplissage (un des plus élevés en France), plus de 500 élèves qui viennent apprendre la musique chaque semaine chez nous, de nombreux programmes avec les écoles, un fort ancrage sur le territoire avec les groupes locaux et en Hegoalde. L'assise financière de l'établissement est seine, nous nous auto-finançons à près de 65% ce qui est un très bon résultat. En général, la moyenne est plutôt à l'inverse, autour de 35%. Le seul bémol c'est que le public qui vient à nos concerts a vieilli, en même temps que l’institution. Il faut que nous allions au-devant de la jeune génération et que nous nous adaptions à leurs nouvelles habitudes.
Qu’entendez-vous par « nouvelles habitudes » ?
Le rapport des jeunes à la musique et aux lieux culturels a changé. Ils viennent à un concert pour voir leur artiste préféré mais ne reviennent pas forcément. Il ne sont plus attachés à l’image de l’Atabal, au côté militant des débuts. Ils ont aussi beaucoup plus de propositions culturelles et de facilités à se déplacer qu’à notre époque. Le prix des billets peut être un autre facteur limitant. C’est pour ça que nous proposons des soirées gratuites. Nous avons aussi une carte abonné à 20€ par an pour les moins de 26 ans avec des réductions sur le prix des places et un concert gratuit chaque mois.
Un projet de rénovation de l’Atabal est à l’étude, pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, avec la reconnaissance d’intérêt communautaire de notre établissement par l’Agglomération Pays Basque (NDRL : qui est propriétaire des murs), nous allons ouvrir un nouveau chapitre de notre histoire. Un vaste projet de rénovation est en cours de réflexion. Nous voulons agrandir la salle principale en passant la jauge à 1200 places (contre 700 aujourd’hui) pour pouvoir attirer des artistes plus importants, créer une autre scène plus petite pour notre école de musique ou pour des tremplins jeunes ouverts aux groupes locaux, aménager deux studios d’enregistrement supplémentaires. Des travaux seront aussi engagés pour réduire l’empreinte énergétique du bâtiment. Ce travail va de pair avec une démarche globale de sobriété que nous mettons en œuvre depuis plusieurs années sur la gestion des déchets, la diminution de nos consommations mais aussi l’approvisionnement en circuits courts. J’aime rappeler ce chiffre. Quand on investit un euro dans notre structure, il en génère le double en termes de retombées économiques sur le territoire.

Vous parliez de lien avec la nouvelle scène musicale basque, quel rôle joue l’Atabal ?
Aujourd’hui, l’Atabal est très bien identifiée et appréciée par les artistes et les groupes locaux. La scène musicale basque est en plein renouveau avec des esthétiques très diversifiées. Grâce au soutien de la Communauté Pays Basque, nous voulons amplifier ce mouvement. Nous essayons de donner aux jeunes artistes du Pays Basque un maximum de visibilité dans notre programmation avec, par exemple, des soirées découverte gratuites. Nous proposons aussi des résidences artistiques. Et surtout, et comme nous l’avons toujours fait avec les artistes qui viennent chez nous, nous les accompagnons dans la durée. C’est le cas par exemple du rappeur Odei, du duo électro Lumi ou du groupe de rock Maskak.
Pour finir, avez-vous un souvenir marquant d’un concert à nous partager ?
Il y en a deux qui me viennent en tête. Le premier c'est le concert de Son lux le 16 novembre 2015. C'était trois jours seulement après les attentats du Bataclan. Jusqu'au dernier moment, nous ne savions pas si nous allions pouvoir maintenir l'événement. Le groupe voulait absolument jouer. Finalement, le concert a eu lieu et l'ambiance était incroyable, très émouvante. Dans le même ordre d'idée, il y a aussi eu le premier concert debout post covid de Molécule le 13 juillet 2021. Là encore, une ambiance hallucinante. Nous sentions que tout le monde avait besoin d'évacuer un an et demi de frustration et de privations.
Pour célébrer ses 20 ans, l'Atabal a réinvité des groupes qui lui sont chers et qui ont soutenu le lieu depuis ses débuts. Parmi les affiches à ne pas manquer, citons les concerts de Yann Tiersen le 14 novembre, the Limiñanas le 15, Tiken Jah Fakoly et son Acoustic tour le 20 ou encore Oxmo Puccino le 21. Une soirée surprise est également prévue pour la date anniversaire du 28 novembre.