« Le pluralisme agricole du Pays Basque est un levier puissant de transformation »

Marion Charbonneau est docteure en géographie à l’Université de Pau et des Pays de l'Adour (UPPA). Elle étudie notamment la façon dont les politiques publiques locales soutiennent la transition vers des pratiques agricoles plus durables et écologiques. Ce qui fait la spécificité basque, nous dit-elle, c’est cette capacité à faire émerger et institutionnaliser des projets collectifs nombreux pensés par et pour le territoire.

Mise à jour : 7 novembre 2025

Vous avez étudié la diversité des modèles agricoles au Pays Basque. Que révèle-t-elle ?

Le pluralisme agricole n’est pas propre au Pays Basque, mais ici, il est particulièrement développé et ancien, puisque certaines initiatives remontent aux années 1970. Des collectifs ont fait émerger des alternatives fortes et spécifiques au regard des tendances nationales : des fermes nombreuses et à « taille humaine », plus autonomes, valorisant l’origine des produits et adaptées aux spécificités basques. Certains ont même, très tôt, porté la défense de produits de qualité et écologiques. Ce qui fait la spécificité basque, c’est cette capacité à faire émerger et institutionnaliser des projets collectifs nombreux pensés par et pour le territoire.

Ces modèles coexistent-ils en harmonie ?

Tous les acteurs ne partagent pas les mêmes priorités et futurs désirés. Surtout, tous n’ont pas la même place. Dans les modèles dits « alternatifs », même si les normes productives coconstruites et le sens donné à l’action collective ne sont pas toujours identiques, on retrouve des valeurs communes : envie de travailler autrement, de redonner du sens au métier, de respecter davantage l’environnement, de retisser du lien avec le territoire. Cette pluralité est une richesse. Elle permet à chacun de trouver sa place, de répondre à différentes visions, de s’adresser à une diversité d’acteurs, de citoyens, de consommateurs. Et aussi de s’unir quand il faut défendre une vision commune de l’agriculture.

Ce pluralisme est-il un levier pour la transition agricole ?

Au Pays Basque oui, incontestablement. D’abord parce qu’il dépasse la seule relocalisation de l’alimentation ou une simple adaptation du modèle de la seconde révolution agricole : il engage un vrai retour aux spécificités locales et une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Cela passe par la revalorisation des semences locales, de l’autonomie et des savoir-faire paysans, des liens forts entre producteurs, restaurateurs, élus ou associations, mais aussi à la terre... Ce sont des projets agricoles qui ne se limitent pas à un secteur précis, réfléchis collectivement, qui repensent l’agriculture comme un bien commun et redonnent du pouvoir d’agir au territoire et à l’agriculteur. Ce pluralisme constitue un moteur précieux de transition.

Cet article est extrait du Magazine Pays Basque n°9 de la Communauté Pays Basque 

L'agriculture basque en quelques chiffres

  • 3777 c'est le nombre d'exploitations agricoles recensées au Pays Basque.
  • 35% des fermes du Pays Basque sont considérées comme des petites fermes.
  • 60% des exploitations sont engagées dans des démarches collectives de qualité (AOC, AOP, bio, etc). 11% sont en Agriculture biologique.
  • 24% des fermes commercialisent leurs produits en circuit-court.
  • 74% de la production agricole correspond à de l'élevage.
  • 31% des chefs d'exploitations sont des femmes soit 1446 agricultrices.

Un portail pour tout savoir sur l’agriculture locale

Pour permettre à tous de bien connaître l'agriculture du Pays Basque, la plateforme ZABAL met à disposition un portail de données ouvertes. On y retrouve cartes, données sur les cultures, surfaces et performances économiques du territoire. 

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