Pour les droits des femmes, « une fois pour toutes ! »
A une semaine de la Journée du 8 mars, la Communauté Pays Basque lance une grande campagne de sensibilisation avec ce mot d’ordre : défendre partout les droits acquis par les femmes. Sur le terrain, des professionnelles et bénévoles engagées témoignent de leur expérience.
Mise à jour : 2 mars 2026
Une fois pour toutes
, c’est le slogan choisi par la Communauté Pays Basque et les associations engagées en faveur de l’égalité femmes-hommes pour la Journée du 8 mars. Un appel à la mobilisation générale pour inciter la société à ne pas baisser la garde et défendre les droits des femmes partout où ils sont contestés. Conçu comme un triptyque, la campagne met en avant trois messages essentiels.

L’IVG, un droit désormais constitutionnel
Le premier : le droit des femmes à disposer de leur corps. De réels progrès ont eu lieu ces dernières années en France. L’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution le 8 mars 2024 a figé dans le marbre une liberté élémentaire, parfois remise en cause dans le débat public. Un acte fort qui s’est aussi accompagné de facilités nouvelles : l’ouverture de la pratique de l’IVG aux sage-femmes et la fin du délai de réflexion obligatoire, la gratuité de la contraception d’urgence, délivrable sans ordonnance, pour les personnes mineures ou majeures ou encore la gratuité des systèmes contraceptifs jusqu’à 26 ans, pour les filles comme pour les garçons, après prescription médicale.
Mais il faut rester vigilant
, modère la médecin généraliste, Julie Rose. La loi garantit la liberté d'accès à l'IVG, et c'est une avancée réelle, mais pas le droit d'accès. Ici au Pays Basque, il y a un bon maillage territorial avec de nombreux professionnels de santé, en dehors de l’hôpital
, se réjouit la jeune patricienne, qui peut craindre néanmoins un retour en arrière, comme aux États-Unis où on voit des structures de proximité fermer, faute de subventions.
Très engagée sur ces sujets, Julie est également bénévole au sein du Planning familial Pays Basque. Elle intervient régulièrement en milieu scolaire et a lancé son propre podcast Sex and roses
pour lever des tabous encore très présents sur la sexualité. Il faut pouvoir en parler librement et délivrer les bonnes informations, face à la résurgence de discours anti-avortement ou masculinistes
, plaide-t-elle, en rappelant qu'une consultation spécifique pour aborder ces questions avec son médecin généraliste est remboursée totalement par la Sécurité sociale jusqu'à 26 ans.

Des inégalités salariales persistantes
Autre combat majeur : l’égalité salariale entre femmes et hommes. Selon la dernière étude de l’INSEE datant de 2023, le revenu salarial moyen des femmes dans le secteur privé est encore aujourd’hui 22 % inférieur à celui des hommes. À poste et temps de travail comparables, l’écart se réduit mais reste significatif : environ 14 % de moins. Dans la sphère publique, où les grilles de salaires sont réglementées, cette différence est moins marquée mais existe malgré tout : autour de 8% dans la fonction publique territoriale, 13% dans la fonction publique d’État et jusqu’à 18% dans la fonction publique hospitalière. Un chiffre qui diminue significativement à profil égal, entre 3 et 4%.
Pour accélérer la tendance à la baisse des inégalités observées ces dernières années, le législateur a rendu obligatoire, depuis 2019 pour les entreprises de plus de 50 salariés et depuis 2023 dans la fonction publique, la publication annuelle d’un index de l’égalité professionnelle. Cet indicateur mesure les écarts salariaux entre femmes et hommes mais aussi les augmentations individuelles ou les promotions accordées. Noté sur 100 points, il impose à tous les acteurs concernés la mise en place d’un plan d’action en deçà de 85 points.
La labellisation pour guider l’action
Avec un score quasi parfait de 97/100, Habitat Sud Atlantic fait figure d’élève modèle. Le bailleur social de la Communauté d’Agglomération Pays Basque emploie 146 personnes (la quasi-totalité sous contrat de droit privé) dont près des trois quarts sont des femmes. Nos actions en faveur de l’égalité femmes hommes s’intègrent dans une démarche plus globale de RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale), initiée depuis 2022 et labellisée par l’AFNOR (Agence Française de Normalisation)
, décrit Véronique Parenteau, directrice des ressources humaines. La labellisation nous a permis de mettre en place un plan structuré avec des indicateurs de suivi précis.
En 2025, par exemple, 91 femmes ont bénéficié d’une formation contre 39 hommes, 100 % des congés maternités et congés parentaux ont été remplacés et 100 % des temps partiels sollicités ont été accordés (y compris ceux non obligatoires). Une politique non discriminante qui a le double effet positif de rendre l’organisme plus attractif surtout auprès des jeunes générations, particulièrement sensibles à ces questions
et de connaître moins de turnover. Les employés de HSA restent salariés 12 ans, en moyenne (contre 4,3 ans pour un CDI en France) !
Des critères clairs à l’embauche
Pour les plus petites entreprises, qui ne sont soumises à aucune règlementation, le mouvement vers davantage d’égalité relève souvent de la volonté du dirigeant. Pour Natacha Kinadjian Caplat, fondatrice de la société Purenat et mère de deux enfants, le sujet n’a jamais fait débat. Étant moi-même une femme, cela aurait été un comble !
, sourit-elle. La jeune start-up emploie aujourd’hui 10 salariés, avec une parfaite parité. La clé, selon elle : définir des critères clairs pour fixer les salaires. Pour un même poste, nous respectons la même grille de salaire avec une fourchette basse et haute affichée publiquement. Ce qui fait la différence, ce sont uniquement l’expérience et les compétences.
Le sujet de la maternité n’a jamais été un frein non plus au recrutement de femmes dans l’équipe. Et avec la création du congé de naissance, voté par les parlementaires il y a quelques semaines, les hommes peuvent eux-aussi désormais s’arrêter trois mois pour s’occuper de leur enfant.

Femmes au pouvoir, une progression encore relative
Reste la question centrale de l’accès des femmes aux plus hautes fonctions, là où se concentrent le pouvoir et les plus hautes rémunérations. Là encore, face à un certain immobilisme, un cadre réglementaire s’est imposé. Pour respecter la loi Rixain de 2021, les plus grandes entreprises (plus de 1000 salariés) devront afficher un quota d’au moins 30% de femmes parmi les cadres et les instances dirigeantes en 2026 et 40% en 2029, sous peine d’être sanctionnées financièrement. Un objectif en passe d’être déjà atteint, selon les dernières enquêtes, mais que Claire Lataillade, militante au sein du collectif féministe EBA, tempère : Quels postes occupent-elles vraiment ? Quand on regarde de plus près, on voit que les femmes dirigeantes sont encore rares.
En politique : éviter d'assigner les femmes aux mêmes fonctions
Dans le champ politique, c’est la même chose
, regrette-t-elle. La plus grande présence de femmes observée aux dernières élections municipales devrait s’amplifier lors du scrutin de mars prochain car toutes les communes sont aujourd’hui soumises à la stricte parité (NDRL : celles de moins de 1000 habitants en étaient dispensées auparavant). Il est interdit aussi désormais de faire du panachage, c’est-à-dire de rayer des noms d’une liste au moment de voter. Les candidats doivent présenter des listes uniques, avec alternance homme-femme. C'est une avancée réelle. Mais le problème c’est qu’ensuite, les femmes restent souvent assignées aux mêmes fonctions : la petite enfance, la culture, la santé. Et même élues maires, elles peuvent parfois avoir des difficultés à assoir leur autorité.
Pour lutter contre les stéréotypes de genres ou l’auto-censure, EBA prévoit de diffuser aux nouveaux élus le guide pour l’égalité entre les femmes et les hommes au Pays Basque, co-conçu avec la Communauté Pays Basque. Quatorze fiches pratiques pour faire progresser réellement l'égalité et les droits des femmes dans tous les domaines. C'est dès l'enfance que ça se joue, comme à l’école en aménageant des cours de récréation non genrées !
, insiste-t-elle.