Virée à bord de l’Itsas Belarra : le bateau qui repêche tout l’été les déchets au large de la côte basque

Tous les jours pendant la saison d’été, Arnaud Clavier et son équipage prennent la mer pour ramasser les déchets flottants avant qu’ils ne s’échouent sur les plages du littoral basque. Un travail de fourmi que ce jeune capitaine passionné assure depuis plus de 15 ans, comme son père avant lui. Il nous a conviés à bord de son bateau, l’Itsas Belarra, pour une partie de pêche originale.

Mise à jour : 21 septembre 2026

Rédacteur : Jérôme Messina

Il est 6h30, ce lundi. Le port de Saint-Jean-de-Luz baigne dans une atmosphère calme, presque au ralenti. Mais sur le quai, Arnaud Clavier et ses deux matelots sont déjà à pied d’œuvre. Après plus d’un mois de travail, ils déchargent enfin leur cargaison. Dans les énormes sacs en plastique qu’ils vident minutieusement, il n’y a pas de poisson mais des monceaux de détritus en tous genres.

Une pêche miraculeuse

Chaque été, avec son navire l’Itsas Belarra, le capitaine sillonne la côte basque pour ramasser les déchets flottants et éviter qu’ils ne terminent leur course sur nos plages. Une activité que pratiquait son père avant lui et qu’il a reprise à son compte en 2011. Face à la benne où s’entasse son dernier butin, il décrit : On trouve vraiment de tout ! Regardez-là, il y a une télévision. Mais 80% du temps, c’est du plastique, il y a aussi beaucoup de bois ou du matériel de pêche. Le Syndicat mixte Kosta Garbia, qui réunit la Communauté d’Agglomération Pays Basque et le Département des Pyrénées-Atlantiques, défraie l’équipage à chacune de ses sorties. A partir du 1e mai et jusqu’au 30 septembre, on est en mer 7 jours sur 7 de 6h30 à 13h, sauf s’il fait vraiment trop mauvais temps mais c’est assez rare à cette période. A peine leur chargement vidé, les trois hommes repartent déjà pour une énième tournée.

Le coup de vent de la veille a brouillé le plan d’eau. La récolte risque d’être mince aujourd’hui. C’est plus simple quand la mer est calme car on voit bien les lignes de courant autour desquels les déchets s’agglutinent, explique le jeune marin. A la barre d’un ancien goémonier breton, il décide de mettre le cap vers Hendaye. Tous ses déplacements sont scrupuleusement enregistrés. En pianotant sur son tableau de bord, il nous montre les centaines de tracés répertoriés depuis toutes ces années. Une cartographie précieuse qui est notamment exploitée pour la prédiction de la qualité des eaux de baignade. Pendant quelques temps, il a aussi participé à un programme de recherche sur les microplastiques avec son homologue Azti de San Sébastien.

Une activité en déclin

A force d’arpenter le rivage, Arnaud Clavier connaît par cœur les fonds marins du Pays Basque, les cavités dans lesquelles s’engouffrent les polluants et les flux océaniques qui les recrachent à la surface. Il a l’œil aussi pour repérer à des dizaines de mètres à la ronde les petits détritus perdus dans le bleu des flots. « On ramasse tout ce qui est déchet inerte, pas le biologique » (comprenez les algues, les feuilles, ou même les animaux morts). Avec son navire, il peut s’approcher tout près des rochers, jusqu’à 1 mètre 50 de profondeur. Le plus dur, ce n’est pas de les attraper, c’est de les trouver !, témoigne-t-il, en souriant.

Il est parfois assisté depuis le sol par le sémaphore de Socoa ou par des collègues pêcheurs qui le préviennent à la radio quand ils croisent un banc de déchets. Lui-même sert de vigie. La semaine passée, il a remonté les restes d’un chalutier qui avait chaviré. Il donne aussi l’alerte quand il croise des nappes de fioul qu’il n’est pas habilité à nettoyer. Mais avec les années, le flux des déchets qu’il remonte à bord s’est tari. Avant, on pouvait collecter jusqu’à 27 tonnes, aujourd’hui c’est presque deux tiers de moins (12 tonnes en 2026), constate l’entrepreneur. Il y a l’influence des pluies, plus rares, qui ramènent moins de pollutions de la terre vers la mer et celle des courants mais les gens font plus attention qu’avant à ce qu’ils jettent et les services de ramassage sont aussi plus efficaces.

Pour cet amoureux de l’Océan, cette évolution des pratiques est évidemment un signal positif, même s’il redoute un jour que son activité disparaisse. Comme beaucoup d’autres pêcheurs sur le port, l’équilibre financier de sa petite entreprise reste précaire. Les revenus de la collecte des déchets représentent plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Avant on était quatre, maintenant on tourne à trois. Le gasoil coûte aussi de plus en plus cher. Le reste de l’année, il ramasse des algues qu’il revend à un gros industriel mais là aussi, la ressource s’épuise, observe-t-il, impuissant. 

L’avenir, il ne préfère pas y penser. Tant qu’il en aura la charge, il continuera de protéger ces eaux du Pays Basque qu’ils aiment plus que tout. Je n’ai toujours connu que ça, c’est ce qui me rend heureux, je ne me vois pas faire autre chose.