Pays Basque : féminisons le nom des rues !

Le projet « Place des femmes », pour une juste représentation des femmes dans l’espace public, a été lancé ce mercredi matin au siège de la Communauté Pays Basque. Une plateforme dédiée permet à chacun de participer à la démarche.

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Orrialde honetan

En France, moins de 5 % des rues ou établissements publics portent un nom de femme et le Pays Basque ne fait pas exception. Fruit du concept d’invisibilisation, pierre angulaire des combats féministes, « ce constat est insupportable » pour Michaella Clapisson, membre des Bask'Elles. Elle est, avec une dizaine de militantes et militants, à l’origine du projet participatif « Place des femmes », lancé ce matin au siège de l’Agglomération et qui vise une juste représentation des femmes dans l’espace public basque. Projet qu’a souhaité soutenir avec force la Communauté Pays Basque, Jean-René Etchegaray, son Président, pointant « une mécanique inquiétante et inexorable si nous n’agissons pas ».  La Région, représentée ce matin par l’élue Emilie Dutoya, est également partenaire du projet. 

Un site dédié pour une large participation citoyenne 

Concrètement, un formulaire en ligne est disponible sur lesbaskelles.org, ouvrant le champ à la contribution des citoyens. Contributions qui seront ensuite passées au crible d’un « filtre scientifique » porté par un comité consultatif. Sabine Cazenave, Conservatrice au Musée Basque, en fait notamment partie. 

Des figures féminines bayonnaises, et non des moindres, ont d’ores et déjà émergé. Elles se nomment Coralie Labourdette, Amélina Ermeline Devant-Legall ou encore Andrée Niderbilh. Résistantes pendant la seconde guerre mondiale, elles ont occupé le rôle « boite à lettres », l’un des postes les plus dangereux sur la période et l’association est en contact avec leur famille pour documenter leur parcours. La Saint-Palaisienne Jaqueline Bidegorry, 96 ans, a quant à elle été reconnue « Juste parmi les Nations ». Une plaque à son effigie sera dévoilée par le Maire de Saint-Palais Charles Massondo le 18 mars prochain. 

Pour une base de données de 158 noms

L’objectif symbolique du projet est d’atteindre 158 noms, une femme par commune du Pays Basque. Un objectif parfaitement réaliste si l’on en croit l’historien Jacques Ospital qui a publié « Figures de femmes, Le silence de l’Histoire du Pays Basque » aux éditions Elkar, « le livre dont il est le plus fier ». « La femme au Pays Basque a été réduite à deux représentations : gardienne de l’etxe ou sorgin (socière, ndlr) », dénonce-t-il. À rebours, ses recherches lui ont permis de rencontrer moult figures de femmes remarquables, dans les arts et lettres, les sciences ou encore la politique. 

Nécessité d’identification pour les jeunes filles 

Martine Bisauta, troisième Vice-présidente de la Communauté Pays Basque et militante féministe de longue date, a salué ce projet de « réparation historique » avec émotion.  Rappelant les années de lutte, égrenant les 8 mars, elle a aussi souligné les trophées obtenus de haute lutte. La journaliste Maite Barnetche, la femme politique et médecin Suzanne Elosu, la chanteuse et poétesse Eztitxu Robles-Aranguiz sont en effet autant de femmes qui ont désormais pignon sur rue. « On répond là à une nécessité d’identification chez les petites filles et à un porter connaissance nécessaire chez les petits garçons », a -t-elle rappelé. 

Un ouvrage recensant l’ensemble des figures choisies, à disposition du grand public et des communes, verra le jour à horizon 2022. La réalisatrice Laëtitia Tommassi réalisera quant à elle un documentaire sur le sujet. 

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