Margaux Lorier, avis de tempête

L’énergie, la gnaque comme on dit ici, la productrice Margaux Lorier en a à revendre. Elle l’a conduit de Bayonne aux Césars où le film de Sofia Alaoui qu’elle a produit a été sacré « Meilleur Film de court-métrage ».

2021-03-18 (e)an argitaratua

Orrialde honetan

« 297 textos depuis la cérémonie, je n’ai pas encore pu répondre à tous, sans compter le reste des messages, c’est de la folie », glisse dans un rire la productrice bayonnaise Margaux Lorier, depuis Montreuil où elle vit. « C’est un véritable tourbillon, on s’en doutait, on avait un peu vécu ça au dernier Festival Sundance. Mais là, avec un César, c’est encore plus fort. Avec Sofia Alaoui, nous sommes sollicitées de toutes parts, c’est hyper bien car de nouvelles personnes témoignent de l’intérêt à nos projets, notamment la version longue de notre court-métrage primé ». « Qu’importe si les bêtes meurent », réalisé par Sofia Alaoui et produit par Margaux Lorier et Frédéric Dubreuil, a obtenu le prix du Meilleur film de Court-métrage lors de cette 46e cérémonie des Césars. Un moment à part dans la vie de cette trentenaire pétillante de Saint-Esprit, « un rêve de petite fille qui se réalise ». Ce soir-là, sur la scène de l’Olympia à Paris, la jeune femme a témoigné de son accroche au Pays basque.

« Pour être honnête, j’avais préparé tout un discours et du fait de l’émotion, face aux cinéma français, j’ai simplement parlé de ce qui compte, mes endroits de cœur : le Maroc, pour une belle histoire et pour l’Atlas, lieu du tournage ; Bayonne, où j’ai grandi et où vivent mes parents, et Montreuil, ou je me construis une vie en lien avec la diversité de cette ville. »

Fille de « Saint-Es »

Tout commence en fait pour cette brune dynamique à Bayonne, dans un quartier à caractère : Saint-Esprit. Un quartier qu’elle garde au cœur, et gravé sur son bras, avec son tatouage « Fille de Saint Es ». Un hasard, mais en est-il, la demeure familiale jouxte l’Atalante, le cinéma d’art et essai bayonnais. « C’est ma mère qui m’a poussée au départ à aller voir des films d’auteur. Elle a eu raison. Ils m’ont façonnée », confie-t-elle. Et c’est un peu de cette histoire qui mène d’un battement d’aile à ce César.

La pugnacité de la jeune femme aussi, au caractère trempé. Et cette volonté d’aller au bout de ce qu’elle fait. Après une option cinéma au lycée Cassin de Bayonne, direction Paris pour des études en prépa littéraire. Très vite, Margaux raccroche un cursus en lien avec le cinéma. Là, un « coup de cœur » pour un film d’Agnès Varda marque un tournant. Elle se dit « transcendée » par l’univers de la cinéaste et, au culot, lui adresse une lettre de fan. « Elle m’a répondu simplement, et j’ai rejoint sa société de production Ciné-Tamaris, une époque géniale. Au sortir, je me suis interrogée. Etais je tombée accro de cette famille Tamaris ou étais-je faite pour la production ? ». Alors, pour en avoir le cœur net, Margaux Lorier enchaîne les expériences dans d’autres sociétés de productions, passe le concours de l’école supérieure audiovisuelle INA-sup en production.

Une productrice engagée

« Si j’ai parfois pensé que je serais réalisatrice, le métier de productrice m’a finalement happée. D’ailleurs, si j’ai bien un talent, c’est celui de savoir repérer les gens qui ont des choses à dire et savent mettre l’accent sur ce que l’on n’a pas l’habitude de voir », confie la productrice.

Engagée, bien ancrée dans son temps, Margaux Lorier fonctionne au « coup de cœur professionnel », comme avec la réalisatrice franco-marocaine Sophia Alaoui. Avec qui elle dit partager une même énergie créatrice et une aspiration féminine. « Défendre la diversité, le féminisme, c’est ce qui me fait lever le matin. Surtout en cette période particulièrement difficile pour le secteur culturel mais aussi marquée par l’espoir d’une époque formidable laissant entrevoir une potentielle égalité... ».

A 31 ans, avec ce César partagé, une maison de production au nom bien senti « Envie de tempête », l’éclaircie semble belle et durable. « Les sollicitations affluent, mais surtout, nous avons bon espoir de lancer le tournage du long métrage de « Qu’importe si les bêtes » à l’automne. Et là, la productrice qu’elle est, repart pour la course aux financements.

« C’est simple, indique Margaux Lorier. Un court-métrage dure six jours et coûte 110 000 euros. Un long-métrage dure deux mois et revient à 3M€. » Des films plus intimistes sont également en préparation avec le réalisateur angloy Eduardo Carretié, dont elle avait déjà produit le premier film, et d’autres propositions se profilent. « Et je n’ai pas encore lu tous les messages, peut-être sont-ils porteurs d’autres belles surprises ? » Pour l’heure, Margaux et Sofia Alaoui songent au retour dans les montagnes de l’Atlas, en octobre, pour ce long-métrage engagé. « Avec Sofia, notre autre rêve c’est Cannes 2022 ». Le rendez-vous est pris, comme celui, d’ici-là, de retrouver la rive droite de Bayonne, où vivent désormais ses parents, à deux pas du… nouveau cinéma l’Atalante… Et ce n’est pas une fiction.  

« Qu’importe si les bêtes meurent », un film poétique

Dans les hautes montagnes de l’Atlas, Abdellah, un jeune berger et son père, sont bloqués par la neige dans leur bergerie. Leurs bêtes dépérissant, le jeune homme doit s’approvisionner en nourriture dans un village commerçant à plus d’un jour de marche. Avec son mulet, il découvre un village déserté en raison d’un curieux événement - empruntant à la science-fiction - qui a bouleversé les croyants. A travers cette allégorie, la cinéaste Sofia Allaoui a justement choisi d'interroger les croyances. Son film est parlé en langue minoritaire berbère, l’amazigh. Une « forme d’engagement culturel » là encore pour le tandem féminin par rapport à cette culture, à cette langue. « Cela a forcément eu une résonance particulière pour moi, en lien avec le Pays Basque. »   

© Photo Académie des Arts et Techniques du Cinéma 2021 – Tous droits réservés

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